Portrait de l'interviewé

Henri Borlant

Ses mots sont précis, souvent il réfléchit quelques secondes avant de lancer une nouvelle idée et surtout quand on est en face de lui, on a la chance de profiter de son extrême attention. Henri Borlant a tout de suite dit "Oui" quand je lui ai proposé de réfléchir ensemble au futur... tout ce qui reste à faire pour dire ce qu'a été la Shoah, et comment il faudra continuer à écrire l'histoire, lorsqu'il n'y aura plus de survivants. Henri Borlant, né à Paris dans une famille d'immigrés juifs russes, a douze ans en 1939. Il habite alors dans le 13e arrondissement de la capitale, la mairie décide à la veille de la déclaration de guerre d'évacuer les familles nombreuses. Henri Borlant a 8 frères et soeurs. Toute la famille se réfugie dans le Maine et Loire. Les enfants vont à l'école catholique et ils sont baptisés. Mais les autorités, trois ans plus tard, savent se souvenir. Les Borlant sont juifs, il faut donc les arrêter. Ce sont les lois de Vichy. Cela se déroule le 15 juillet 1942 à la veille de la rafle du Vel' d'Hiv à Paris. Ils sont conduits au grand séminaire d'Angers. Henri, son père, son frère Bernard et sa soeur Denise sont déportés le 20 juillet vers Birkenau (Auschwitz II) en Pologne. Arrêtés également, sa mère et les autres enfants ont entre temps été relachés. Un mystère. Henri Borlant va survivre. La proximité de la mort, les coups, les humiliations, la faim, la souffrance, il tient bon... Quand les nazis décident, devant l'avance des alliés en ce début 1945, de faire évacuer le camp il se retrouve finalement à Ohrdruf. Il s'évade, et va à la rencontre des américains qu'il amène sur ces lieux. Henri Borlant ne raconte pas tout, même aujourd'hui, 65 ans après. A partir de 1992, sollicité, il a commencé à témoigner. Depuis il n'arrête pas. Il le fait simplement, avec un contact de grande qualité, auprès de celles et ceux qui ont tant de questions à lui poser, en France mais aussi en Allemagne, ailleurs en Europe ou beaucoup plus loin. Pour Défi Futur, il a accepté de regarder l'avenir. Devenu médecin après la guerre il a, bien au delà de la sienne, écouté beaucoup de souffrances. Dans son regard, dans cette voix si belle, il y a toute l'humanité qui doit, encore et toujours, nous donner confiance. Pascal Delannoy 24 janvier 2010

  • Shoah : comment ne jamais oublier ?

    Dialogue avec Henri Borlant, survivant d'Auschwitz

    Mercredi 27 janvier 2010. Il y a 65 ans l'Armée rouge libérait le camp d'Auschwitz. Ce jour là, Henri Borlant n'est plus derrière les barbelés. Il a fait partie il y a quelques semaines de ceux qui ont déjà été évacués par les nazis vers d'autres camps. C'est seulement le 3 avril de cette année 1945 qu'il retrouve la liberté. Avec un camarade il s'évade du camp d'Ohrdruf, une annexe de Buchenvald. Ils vont alors au devant des premiers soldats américains. Ils leur demandent de les accompagner dans le camp abandonné par les ss, jonché de cadavres.


    Henri Borlant a perdu une partie de sa famille à Auschwitz. Notamment son père, juif russe qui avait cru trouver en France la tranquillité. Souci d'intégration allant jusqu'à choisir un nom français. Le petit Henri et tous ses proches vivaient sans inquiétude à la campagne près d'Angers. Mais l'Etat français, c'est à dire Vichy, acteur sans le moindre état d'âme de la collaboration a décidé, là comme ailleurs, en juillet 1942 de rafler les familles juives pour les remettre au plus vite aux autorités allemandes.  Quelques jours plus tard après un épouvantable voyage dans des wagons plombés, le convoi, celui là et tant d'autres, a eu pour terminus Auschwitz, tout là bas en Pologne. Henri vient d'avoir 15 ans.


    Henri Borlant a survécu trois ans, au retour il a commencé des études et est devenu médecin. C'est en 1992 seulement qu'il a accepté de témoigner, simplement parce que c'est dans ces années là qu'on a commencé à lui poser des questions.


    Pour Défi Futur il a accepté de réfléchir à la valeur du témoignage, et à ce qu'il doit être les prochaines années.  Il répond aussi à ce Défi : comment parlera t'on de la Shoah lorsqu'il n'y aura plus de survivants ?


    Merci pour le temps et l'attention qu'il m'a consacrés. Merci pour ses mots, et les idées qu'il défend avec tant de pertinence et d'intelligence. Il est un "Témoin du futur"que nous n'aurons jamais fini d'écouter, et de réécouter.


    Egalement : "La libération d'Auschwitz", Patrice Gélinet "2.000 ans d'histoire" 22 janvier 2010 http://www.franceinter.com 


    Pascal Delannoy


    24 janvier 2010


     


    Depuis 2006, le Centre européen du résistant déporté propose une ressource historique, pédagogique et pratique en ligne pour compléter vos connaissances, accompagner la préparation de votre visite au Struthof, ou la compléter ensuite. Aujourd'hui, le site http://struthof.fr s'enrichit d'un domaine dédié à la visite virtuelle de l'ancien camp :


    http://visite-virtuelle.struthof.fr


    Partant de la gare de Rothau, où arrivaient les déportés, pour suivre ensuite les chemins, les routes, les sites qui faisaient hier le camp de Natzweiler et aujourd'hui le site de mémoire nationale et européenne, ces vues panoramiques sont les paysages mêlés de l'histoire et du souvenir.
    Ne parcourez pas seulement les lieux. Accompagnez votre découverte de la lecture d'un témoignage ou d'une monographie historique.
    Que chaque lieu vous permette d'apprendre et de comprendre, d'être vous-même ensuite passeur d'histoire.


    Le site http://struthof.fr  et son domaine associé http://visite-virtuelle.struthof.fr  sont une propriété du Ministère de la défense, France.


    Visite virtuelle : Clichés Geoffrey MORELLE – réalisation ARTIFICA – plan-interactif.com